Ici et seulement ici, Christelle Dabos

Ici ne ressemble à nulle part. Ici n’obéit qu’à ses propres règles. Ici il y a des Bas, des Hauts, des pairs et des impairs. Et quoi qu’il arrive tout le monde passe par Ici.

Par-dessous la peinture, le plâtre et le ciment, à l’intérieur des murs, au fond de l’invisible, je perçois quelque chose que j’arrive pas encore à nommer, quelque chose de foutrement féroce qui habite le bâtiment tout entier et qui me rentre dans les os. Qui fera bientôt partie de moi.
Ici ne ressemble à nulle part.
Ici n’obéit qu’à ses propres règles.
Ici, il y a des Bas, des Hauts, des pairs et des impairs.
Et quoi qu’il arrive, tout le monde passe par Ici.


Wow. Je suis soufflée. J’attendais ce roman avec autant d’impatience que d’appréhension. Impatience parce que c’est Christelle Dabos et que je suis tombée amoureuse de la Passe-Miroir dès les premières pages. Appréhension parce que je savais que ce livre n’avait rien à voir avec la Passe-Miroir. Et bien laissez-moi vous dire que : Wow. C’était génial.

Ici c’est le collège de Pierre, de Guy, d’Iris, de Madeleine. Ici, c’était le collège de La Remplaçante. Ici c’est mon collège. Ton collège. Ici est un huis clos qui enferme les élèves dans une mini-société régie par des règles tacites et cruelles. On est confronté à des guerres, des alliances, des traîtrises. Chacun tente de survivre à sa manière, plus ou moins facilement.

Ici et seulement ici est un roman étrange. Clairement fantastique, dans le sens que lui donne Todorov, on navigue entre réalisme et surnaturel, avec un lieu à la fois familier et étranger, qui semble prendre vie et s’enveloppe d’une atmosphère inquiétante. Il arrive tout plein de choses étranges aux élèves : l’une devient invisible, l’un fantôme, l’autre prêtresse d’une entité… Et pourtant, ce sont des élèves. Ils vont en cours, ont des devoirs, des heures de colle. Ca s’amourache, ça se jalouse, ça s’engueule, ça se réconcilie… Ce sont des gosses, paumés, mal dans leur peau, avides de sécurité et d’amour.

Ce roman a touché des cordes sensibles en moi. La première, celle de la future professeure que j’aspire à devenir. Voir cette souffrance partagée de jeunes adolescents, cette impuissance des professeurs face à cela, a quelque chose de cynique, de dur à accepter et pourtant criant de réalisme. La seconde, celle de l’ancienne élève de collège. J’ai eu, comme beaucoup je pense, des années de collège difficiles et ce roman a réveillé d’anciens souvenirs.

Et ce qui a permis une telle magie de s’opérer, c’est la plume de l’autrice, cette plume ingénieuse qui ne cesse de se renouveler. Encore une fois, Christelle Dabos nous prouve son talent pour manier les mots et les phrases. Reproduisant à la perfection le phrasé des jeunes collégiens, les fautes de syntaxe et les expressions détournées nous agressent et crient toute la peur et tout le mal-être de ces jeunes que l’on suit à travers cette année scolaire. Certaines expressions reviennent sans cesse, tel un refrain à ce cycle infernal que semblent être les années collège et dans lequel les personnages s’enlisent inlassablement.

Vous en dire plus serait vous ôté une partie du mystère qu’est ce roman si unique en son genre. Je vais donc vous laissez sur cette dernière parole : Wow. Merci Christelle Dabos.

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