Le chant des Géants, David Bry

« La magie, c’est parler à l’oreille de géants endormis. »

Entrez, entrez.
Asseyez-vous, n’ayez pas peur. Il reste de la place, là, au fond, près de la cheminée.
Oui. C’est bien. Très bien. Commandez des bières, des pommes braisées, ce que vous voudrez, mais faites vite. Vous autres, dans la paille, rapprochez-vous, calez-vous
contre les murs, les tonneaux, les pieds des tables.
Voilà…
Le feu ronfle, les bûches craquent. La nuit est tombée. Les marmites sont vidées.
Laissez-vous aller. Fermez les yeux. Juste un peu.
Et écoutez-moi.
Je vais vous raconter une histoire.
Celle de notre île d’Oestant où dorment trois géants : Baile, aux rêves de mort et de musique, Leborcham, mère du brouillard, des collines et des plaines, et enfin le puissant Fraech aux songes de gloire et de batailles.
Je vais vous parler de guerres, d’amour et de trahisons, de cris, de sang et de larmes.
Je vais vous parler de grands espoirs, de ce qui est vain. De ce qui meurt.
Alors, fermez les yeux.
Laissez-vous aller.
Voilà.
Mon histoire commence sur la lande, en bord de mer, dans le château de l’étrange roi Lothar.


Sans doute le roman que j’attendais le plus cette année. J’ai été intriguée par les quelques lignes que David Bry a semées sur ses réseaux sociaux durant l’écriture et le travail éditorial des éditions HSN a achevé de me convaincre avec sa couverture magnifique. Sitôt acheté, sitôt lu (ou presque). Et comme chaque roman de David Bry, il a été un coup de cœur.

Comme toujours, l’écriture de l’auteur a pour moi cet effet magique de me porter dans son univers tragique, poétique où les personnages font face à leur destin, l’épée au clair. Ici ce sont deux frères qui s’affrontent selon les rêves des Géants, sous la menace de la brumenuit qui engloutit peu à peu leur monde. Une lutte sanguinaire, épique, tragique qui emprunte tout aussi bien à la tragédie antique qu’à la littérature médiévale. Des personnages hantés, empreints de doutes et de remords, des personnages humains et légendaires, dont on racontera l’histoire jusqu’à la fin des temps.
Je ne saurais vous en dire plus de peur de vous gâcher l’incroyable conte qu’est ce roman. Je vais donc m’arrêter sur ces quelques lignes et vous dire une dernière chose : lisez-le. Et à l’auteur : merci pour ce nouveau coup au cœur.

Royaume de Vent et de Colères, Jean-Laurent Del Socorro

« Le consul est bientôt échec et mat. Il est trop tard maintenant pour changer le cours de la partie. Toi, moi, Casaulx : nous avons tous été manipulés depuis le début de cette histoire.

Mais bourreau, sais-tu ce qui me différencie du consul ? Il n’est qu’un fou condamné à rebondir en vain sur les bords du plateau jusqu’à ce qu’une pièce adverse l’élimine. Je ne suis qu’un simple pion sacrifiable – mais qui pourrait un jour devenir une reine s’il parvenait à atteindre le bord adverse de l’échiquier. »

En 1596, deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.

 

À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.

Les pions sont en place.

Le mistral se lève.

 

La pièce peut commencer.


Je suis tombée sous le charme de la plume de Jean-Laurent Del Socorro grâce à la lecture de Boudicca. Alors quand les éditions ActuSF m’ont de nouveau proposé cet auteur, je n’ai pas hésité. Et encore une fois, je les remercie car cela a été une très belle découverte.

 

L’auteur semble avoir un penchant prononcé pour la Fantasy historique car, cette fois, nous sommes plongés en pleine guerre de Religion, 1596, à Marseille. Cette histoire croise et entrecroise les destins de cinq personnages principaux dont dépend le sort de la ville, qui subit les assauts du roi Henri IV.

J’ai beaucoup aimé la manière dont la narration est construite, des points de vue différents par chapitre qui se répondent. J’ai particulièrement aimé le fait que le style changeait en fonction du point de vue, notamment celui de Silas, ce que je trouve vraiment ingénieux.

J’ai été totalement happée par le récit des personnages et de leur destin qui se jouent sous nos yeux captivés. La plume poétique de l’auteur m’a embarqué dans cette guerre politique et religieuse que je ne connaissais pratiquement pas, mêlée à une touche de magie et bien sûr, de l’humour. De nombreuses thématiques sont également abordées, comme la maternité, la vieillesse, l’homosexualité… Le tout avec justesse et talent.

L’histoire, mêlant le présent et le passé des personnages, est passionnante, j’ai vraiment été prise d’affection pour eux et je les ai suivi avec grand plaisir et curiosité.

 

Pour conclure, ce fut une très belle et captivante lecture et je vais me laisser tenter sans hésitation par le roman dans le même univers : Du roi je serai l’assassin.

La Vie Invisible d’Addie Larue, V.E. Schwab

« Les anciens dieux sont puissants, mais ils ne sont pas bienveillants ni indulgents. Ils sont capricieux, aussi instable que le reflet de la lune à la surface de l’eau ou les ombres au sol par temps d’ orage. Si tu persiste à vouloir les invoquer, soit prudente: prends garde à ce que tu leur demandes et sois prête à en payer le prix. »

Une nuit de 1714, dans un moment de désespoir, une jeune femme avide de liberté scelle un pacte avec le diable. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, en échange, personne ne pourra jamais plus se rappeler ni son nom ni son visage. La voilà condamnée à traverser les âges comme un fantôme, incapable de raconter son histoire, aussitôt effacée de la mémoire de tous ceux qui croisent sa route.

Ainsi commence une vie extraordinaire, faite de découvertes et d’aventures stupéfiantes, qui la mènent pendant plusieurs siècles de rencontres en rencontres, toujours éphémères, dans plusieurs pays d’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Jusqu’au jour où elle pénètre dans une petite librairie à New York : et là, pour la première fois en trois cents ans, l’homme derrière le comptoir la reconnaît. Quelle peut donc bien être la raison de ce miracle ? Est-ce un piège ou un incroyable coup de chance ?

Embarquée dans un voyage à travers les époques et les continents, poursuivie par un démon lui-même fasciné par sa proie… jusqu’où Addie ira-t-elle pour laisser sa marque, enfin, sur le monde ?

Deux jours après avoir terminé cette lecture, j’ai encore du mal à mettre les mots dessus. Coup de foudre. Magique. Mature. Mélancolique. Puissant. Des mots me viennent sans pour autant former de propos cohérents et construits. Mais je vais tout de même essayer.

En débutant ce roman, je savais qu’il allait me plaire. Ce n’est un secret pour personne, j’aime énormément les écrits de V.E. Schwab et j’ai attendu avec beaucoup d’impatience celui-ci, sachant qu’elle y avait mis une part plus importante d’elle-même que dans ses précédents romans. Mais je ne pensais pas qu’il allait me faire un tel effet.

Si Shades of Magic a été un coup de cœur dès le début, celui-ci a été un coup de foudre. Je ne saurais pas vous expliquer la différence mais je vous dirais ceci : les personnages de Shades of Magic m’ont fait rêver et sont ce que j’aspire à être. Les personnages de la Vie Invisible d’Addie Larue sont des personnages dans lesquels je me vois reflétée. Je me retrouve dans le besoin de liberté et d’indépendance d’Addie, je me retrouve dans la mélancolie d’Henry.

Tout au long du roman, je me suis retrouvée dans une petite bulle, au fin fond de mon lit, Florence + The Machine dans les oreilles, coupée du monde et du temps. J’ai parcouru les siècles et les rues de New York et de Paris en compagnie d’Addie, j’ai suivi son histoire invisible aux yeux du monde. Si certains ont eu du mal à s’attacher aux personnages et à l’intrigue de ce roman contemplatif, j’ai personnellement été engloutie par lui. J’ai été plongée au cœur du récit, happée par l’histoire. Il n’y a certes pas d’actions héroïques comme on peut le voir dans ses autres romans mais cela ne m’a absolument pas gêné car cela a laisser la place aux personnages de grandir et de briller. Tout repose sur Addie, Henry et Luc. Sur leur histoire, leurs relations, leurs émotions, leur évolution… Ces trois personnages sont le socle de ce roman dont je suis tombée amoureuse.

L’ambiance, plongée au cœur de l’art sous toutes ses formes m’a énormément plu. Quel plaisir de voir un personnage lire le latin et le grec ancien ! L’univers fait d’anciens et de nouveaux dieux, de démons dans la nuit qui exaucent vos prières a été particulièrement intéressant à lire et permet un moment de réflexion sur les mythes mais aussi sur soi-même.

Pour conclure, cette histoire et ces personnages me hanteront encore très longtemps. C’est définitivement un livre que je compte relire encore et encore car il y a tant à en tirer… Je me souviens de toi, Addie Larue.

La Trilogie de Hurle, tome 2 : Le Château des Nuages, Diana Wynne Jones

« Très loin au sud du pays d’Ingary, dans la ville de Zanzib, du sultanat de Rajput, vivait un jeune marchand de tapis prénommé Abdullah. »

Abdullah mène une vie tranquille dans le sultanat de Rajput jusqu’au jour où il achète à un mystérieux étranger un tapis magique qui le transporte dans un jardin merveilleux. Il y rencontre la princesse de ses rêves, Fleur-de-la-Nuit. Mais, peu après, celle-ci va être enlevée par un effroyable djinn… Pour retrouver sa bien-aimée, Abdullah est prêt à tout dans sa quête, il croise un vieux soldat, un génie dans sa bouteille, un château volant rempli de princesses, des chats et des chiens aux pouvoirs étranges, qui tous réservent bien des surprises… car rien n’est en réalité ce qu’il semble être !

Quelle joie de voir que les éditions Ynnis allait publier la suite de la trilogie de Hurle ! C’est donc avec beaucoup d’impatience que je l’ai gardé pour pouvoir l’emmener avec moi en vacances au bord de la mer. Et c’est une expérience que je recommande.

Ce deuxième tome n’a pas été un coup de cœur comme le premier. J’y ai trouvé quelques défauts, notamment un peu de longueur vers le milieu du roman mais j’ai trouvé le débit divertissant et j’ai beaucoup aimé la fin.

L’histoire reprend le style d’un conte comme dans le premier tome. Dans un univers arabe, l’ambiance est très proche des Mille et Une Nuits. Quoique très caricatural et n’ayant pas réussi à m’attacher aux personnages, j’ai trouvé cela divertissant et sympathique. Je pointerai tout de même du doigt le passage grossophobe sur les cousines d’Abdallah qui n’est pas passé avec moi…

Le milieu a été un peu plus compliqué à lire car j’ai commencé à trouver cela long. Le voyage d’Abdallah au secours de sa princesse Fleur-dans-la-Nuit est laborieux, on a parfois l’impression de tourner un peu en rond et on aimerait arriver à la fin. Personnellement, j’avais surtout très hâte de retrouver au moins le personnage de Hurle et j’ai même commencé à douter de sa venue. Mais il est finalement apparu et je me suis rendu compte que j’étais passée à côté de bien des indices. Cela m’a fait très plaisir et je pense d’ailleurs le relire pour cette raison. Les pièces du puzzle se rassemblent et la fin est beaucoup plus dynamique.

Pour conclure, ce fut une lecture divertissante, pas aussi géniale que le premier tome mais agréable tout de même.

The Near Witch, V.E. Schwab

“Maybe one day the words will pour out like so many others, easy and smooth and on their own. Right now they take pieces of me with them.”

The Near Witch is only an old story told to frighten children.

If the wind calls at night, you must not listen. The wind is lonely, and always looking for company.

And there are no strangers in the town of Near.

These are the truths that Lexi has heard all her life.

But when an actual stranger—a boy who seems to fade like smoke—appears outside her home on the moor at night, she knows that at least one of these sayings is no longer true.

The next night, the children of Near start disappearing from their beds, and the mysterious boy falls under suspicion. Still, he insists on helping Lexi search for them. Something tells her she can trust him.

As the hunt for the children intensifies, so does Lexi’s need to know—about the witch that just might be more than a bedtime story, about the wind that seems to speak through the walls at night, and about the history of this nameless boy.

Je suis tombée amoureuse de chaque roman de V.E. Schwab. Que ce soit sa fantasy, son fantastique, du YA, de l’adulte, de la jeunesse ou alors sa plume en VO ou la traduction en VF, rien ne m’a jamais déçue. J’ai donc voulu découvrir son tout premier roman : The Near Witch. J’étais préparé à être un peu moins emportée que les autres, à le trouver un peu moins bien. Eh bien laissez-moi vous dire qu’il n’en a rien été.

Une histoire de sorcière

La première chose que j’ai aimée dans ce roman : son ambiance. J’adore les histoires de sorcières, de légendes qui traversent les âges, des éléments qui transportent les secrets à travers les landes jusqu’aux limites de notre conscience et de notre compréhension. Cette ambiance brumeuse, mystérieuse, nous suit tout au long d’une enquête qui fait renaître la légende de la Near Witch.

J’ai adoré suivre Lexi tout au long de sa traque de la vérité, suivant son instinct et gardant l’esprit ouvert, à l’affût du moindre indice la menant aux enfants disparus dans la nuit. La tension monte nuit après nuit, tout autant que l’angoisse et l’effroi de voir les enfants disparaître un à un. Le rythme monte crescendo et le suspense est à son comble jusqu’à la fin.

Des thèmes parcourant la lande

Le village de Near et ses villageois permettent d’aborder beaucoup de thématique, notamment celle de la différence et de la superstition. La peur de l’inconnu, de l’étranger est très bien abordée, notamment à travers les hommes du village. J’ai remarqué avec une petite pointe de plaisir que ce sont les femmes qui sont les plus perspicaces et sages dans le village, contrairement à la figure habituelle des mères empruntent d’angoisse et laissant libre cours à leurs émotions. Dans ce roman, nous avons des personnages féminins forts et intelligents, des femmes qui gardent la tête froide et agissent en conséquence.

Des personnages très complexes

Le travail des personnages est encore et toujours un point fort de l’imaginaire de l’autrice. Lexi est une jeune femme forte, courageuse et intelligente, douée pour la traque et rien ne l’arrête. Sa relation avec sa famille est forte et très touchante. J’ai aimé le lien qui la lie à son père, la complexité qu’elle a construite avec sa sœur et la manière dont sa mère et elle se comprennent malgré leur éloignement à la mort de son père. Sa relation avec son oncle est plus tendue, houleuse mais l’amour qu’ils partagent n’est pas à douter.

Le lien qu’entretiennent les sœurs Thorne avec le père de Lexi puis celle-ci est également très intéressant. Un lien fait de silence et de mystère mais un lien fort, construit sur la complicité, le respect et la confiance.

Enfin, la relation que j’ai beaucoup appréciée, est celle entre Lexi et Cole. Plus qu’une romance, c’est avant tout un partenariat qui se naît. Ils apprennent à se faire confiance et à travailler ensemble pour sauver les enfants disparus.

Pour conclure, j’ai beaucoup aimé ma lecture, malgré le temps que j’ai mis à le lire, l’histoire est captivante, l’ambiance est mystique et les personnages attachants. Encore une fois, je suis convaincue par le talent de V.E. Schwab.

Liavek, Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost

« Ce qui caractérise un individu, ce sont les choses qui le rendent unique, intéressant et digne des attentions de ses amis, ennemis, amoureux et relations d’affaires. Mais quand il s’agit d’un cadavre… seuls les embaumeurs se soucient de ce qui le rend unique, intéressant et digne d’attention. Ne lui ressemble pas trop, Kaloo. Ne te persuade pas que tu hais alors que tu ne veux qu’aimer. Et, écoute-moi. Je me fiche qui tu veux aimer. Même s’il s’agit de lui. Mais ne t’avise pas de te fourvoyer comme ta mère l’a fait. Ne t’en avise pas, ma fille ! »

Dans la majestueuse cité portuaire de Liavek, les habitants reçoivent une dose de « chance » chaque année, le jour de leur anniversaire. La plupart des gens ne peuvent utiliser ce pouvoir, seuls les sorciers ont appris à le manipuler, souvent à leur propre profit. Kaloo, une jeune orpheline, sent qu’elle pourrait apprivoiser et développer sa « chance », mais comment faire alors qu’elle ignore sa date de naissance ? Taraudée par cette question, elle consulte un mage pour tenter de lever le voile sur ses origines. Commence pour elle une quête initiatique qui l’emmènera sur des sentiers dangereux. Certains mystères devraient rester dans l’ombre…

Évidemment, qui dit Megan Lindholm (Robin Hobb) qui un oui immédiat pour moi ! C’est donc ce que j’ai répondu aux éditions ActuSF quand Liavek est apparu dans ma liste de choix.

Liavek est une ville portuaire apparemment assez connue dans le monde de la Fantasy, inventée par Emma Bull et Will Shetterly, et reprise par la suite par d’autres auteurs, dont Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost dans ce recueil de nouvelles. Je ne connais personnellement aucun autre écrit sur Liavek et c’est avec ce recueil que j’ai plongé pour la première fois dans cet univers.

Dans cette ville, on voit évoluer deux personnages à travers un dialogue de nouvelles : Kaloo et le Comte Dashif.

J’ai eu une nette préférence pour le personnage de Kaloo ainsi que ses nouvelles en général. La plume de Megan Lindholm m’a de nouveau conquise, tout comme son personnage plein d’ambition et d’une volonté de fer. En effet, malgré la réticence de ses parents adoptifs à s’approcher de la magie, malgré le fait qu’elle ne connaisse pas sa date de naissance, cela ne l’empêche pas de se lancer à la recherche de sa dose de « chance » et d’essayer de s’en servir.

Les nouvelles dont le comte Dashif est le personnage central ont été une lecture un peu plus compliquée pour moi. Je n’ai pas trop accroché au style de l’auteur qui m’a souvent perdu dans l’action qui se déroulait. J’ai souvent eu l’impression que des choses m’échappaient, je suis revenu parfois en arrière, relisant certains passages pour tenter de mieux comprendre, ce qui coupe l’immersion dans le récit. De plus, le comte Dashif est un personnage qui m’a été antipathique. Ses manières manipulatrices, calculatrice m’ont dérangé, ce qui est un effet recherché par l’auteur je pense et donc très réussi.

Concernant l’intrigue, de par la lecture un peu compliquée des nouvelles du comte Dashif, elle m’a paru difficile à suivre. C’est sans doute également dû au fait que je ne connais pas tout à fait l’univers et j’ai sans doute raté quelques références et subtilités. Les nouvelles de Kaloo m’ont par contre embarqué dans l’aventure de la jeune fille et j’ai pu apprécier le déroulé de l’intrigue à travers ses yeux ainsi que l’évolution de sa relation avec le Comte, que j’ai trouvé très intéressante et bien mené des deux points de vue.

Pour conclure, ce fut une lecture en demie teinte mais tout de même globalement plaisante. Les personnages sont intéressants, bien construits et profonds. La structure des nouvelles fait l’effet à la fois d’un dialogue et d’une confrontation entre deux personnages au caractère fort dont on prend plaisir à découvrir les aventures.

La Dernière Geste, Premier Chant : Dans l’ombre de Paris, Morgan Of Glencoe

« C’était pour elle comme un rappel : les fées n’étaient pas des humains. Mais si des enfants de fées et d’humains pouvaient jouer ensemble, pourquoi les adultes ne pourraient-ils pas vivre côte à côte ? »

Depuis des siècles, les humains traitent les fées, dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux.

Lorsque la princesse Yuri reçoit une lettre de son père lui enjoignant de quitter le Japon pour le rejoindre, elle s’empresse d’obéir. Mais à son arrivée, elle découvre avec stupeur qu’elle a été promise à l’héritier du trône de France ! Dès lors, sa vie semble toute tracée… jusqu’à ce qu’une femme lui propose un choix : rester et devenir ce que la société attend d’elle ou partir avec cette seule promesse : « on vous trouvera, et on vous aidera. »

Et si ce « on » était la dernière personne que Yuri pouvait imaginer ? »

C’est sous les conseils d’Énora (Les Dream-dream d’une bouquineuse) que j’ai choisi cette lecture dans les propositions qu’ActuSF m’a faite au mois de septembre à l’occasion de la sortie du second tome (et que je remercie encore une fois !). Cela a d’ailleurs été l’occasion d’entamer une lecture commune avec elle qui s’est achevé de manière assez comique : je suis à peine arrivée à la moitié du premier tome qu’elle avait fini le second !

Une histoire captivante

On débute l’histoire de manière assez originale, avec un combat d’arène entre fées auquel assiste une princesse Yuri enfant, âgée de douze ans. Ce prélude a tout de suite attisé ma curiosité. Les descriptions de l’action mais surtout du comportement de cette petite princesse japonaise m’ont tout de suite plu et hapé. Le tout est narré avec talent et subtilité, qui rend le récit tout de suite très prenant. On entre dans un monde aristocratique, où les fées sont plus méprisées encore que les gens de basse naissance.

La suite de l’histoire est entrecroisée par le destin de Yuri, troisième dame du Japon et future reine de France, et l’histoire des fées, sur le Rail à bord de l’Orient Express comme dans les égouts de Paris. Si de prime abord, ils n’ont aucun point commun, l’autrice réussi à nous conter une histoire de liberté, de résistance, de tolérance, de féminisme… Toutes ces valeurs qui font écho en moi.

Un univers diversifié

J’ai adoré l’univers. Si je devais n’utiliser qu’un mot pour le décrire, ce serait le mélange. Mélange d’époques, de cultures, de langues, de légendes, d’idéologies… L’autrice utilise l’uchronie pour recréer notre monde à sa manière, intégrant une technologie moderne dans un monde de la Renaissance, le tout placé au 20e siècle. Et ce fut un résultat réussi. J‘ai adoré cette manière de réinventer, de diversifier, de faire se rencontrer, se confronter à peu près tout et n’importe quoi et de lui donner un sens nouveau.

Une plume envoûtante

Et cette plume. Mais quelle plume ! C’était beau, poétique, onirique, glaçant, émouvant… Diversifiant aussi avec un mélange de français, d’anglais et de japonais qui, en contact, rendent une parfaite harmonie.

« Une musique bleue pleuvait en parfums de lune un peu partout sur le vent, et dans les brumes transparentes dansaient des lueurs sucrées d’acier soyeux. En tout cas, se dit-il, c’était un endroit agréable. Il le connaissait sans doute depuis toujours, cet endroit secret, et il le découvrait pour la première fois à l’instant, ce qui n’avait pas vraiment d’importance, car cet instant était toujours. »

Des personnages forts et percutants

Les personnages sont également un point fort de ce roman, avec des hommes et des femmes, fées ou humains, qui possède une profondeur émouvante (énorme coup de cœur pour Ren ♥), qui évoluent, lentement mais surement, vers la lumière comme vers l’obscurité. J’ai beaucoup aimé découvrir chacun d’entre eux, leur personnalité, leur histoire. Ils ont tous quelque chose à apporter à cette histoire si riche et captivante.

La vie dans les égouts m’a énormément plu. J’aime l’idéologie de partage, d’égalité et de tolérance qui s’en dégage. Je ne vous en dis pas plus afin de ne pas trop vous en révéler mais vraiment, c’était juste incroyable de rencontrer une telle communauté.

La fin de ce roman a été à la fois un véritable crève cœur et une merveille. On sent la catastrophe arrivé (on a été notamment prévenu, n’est-ce pas Énora ?) et pourtant, on ne peut s’empêcher d’espérer jusqu’à la fin que tout va bien se passer, que les personnages que l’on aime tant vont s’en sortir, qu’une solution va finir par surgir… Et je vous laisse voir par vous-même si l’espoir est vain ou non.

Pour conclure, je suis bien contente d’avoir écouté les conseils à propos de ce petit bijou qui s’est installé à la fois dans ma bibliothèque et dans mon cœur. L’histoire et les personnages sont tout simplement magiques, me faisant passer des rires aux larmes, m’ayant captivé de la première à la dernière page par une intrigue fascinante, des messages et des thématiques tout aussi bouleversants, le tout enrobé dans une plume poétique et riche.

Les Énigmes de l’Aube, tome 1 : Premier souffle, Thomas C. Durand

« C’est un fait. Un barrage sur un fleuve a toujours été la réponse à toutes sortes de problèmes. Quand on noie ses problèmes sous quelques millions de litres d’eau, ils la ramènent moins, et l’on a le temps de les oublier avant qu’ils réussissent à faire surface. »

« Bonjour, c’est ici pour apprendre la magie ? »

Anyelle a un don. Un sacré don même ! Elle peut renforcer la magie de ceux qu’elle touche. Mais pour maîtriser cette aptitude et apprendre, elle doit quitter la forêt qui l’a vue naître… La voilà en route, joyeuse, insouciante et un peu maladroite pour une école prestigieuse de magie… qui n’aime malheureusement pour elle, ni les filles ni les pauvres…

Avec ce premier roman d’une série hilarante, Thomas C. Durand, cofondateur de la chaîne YouTube La Tronche en biais, nous offre un récit de fantasy humoristique de haute volée et une héroïne très attachante.

Étant toujours un peu dans une phrase littéraire creuse, j’ai eu envie de me plonger dans un roman jeunesse et drôle. Les Énigmes de l’Aube s’est naturellement imposé à mon esprit, ce qui tombait bien car il fait partie des SP qu’il me tarde de lire depuis septembre.

Les Énigmes de l’Aube est un très bon roman de Fantasy jeunesse. On y suit une petite fille, Anyelle, pleine de vie, de curiosité et qui n’a surtout pas sa langue dans sa poche, dans son aventure au sein d’une école de magie qui n’accueille… que des hommes. Petite fille dynamique et au fort caractère, venue du fin fond de la forêt, la voilà qui débarque dans une école qui ne veut pas d’elle pour apprendre à maîtriser son don de Renfort. Elle y fait la rencontre du jeune Naxu, adorable garçon à la timidité maladive et à l’attitude craintive s’opposant radicalement au bout en train qu’est Anyelle, avec qui elle développe une sincère et authentique amitié. À deux contre le reste du monde (l’école donc), ils tentent tant bien que mal de survivre à cette année scolaire assez rocambolesque.

Mais plus qu’une petite histoire d’une fille à l’école de magie, ce roman aborde des thématiques diverses comme le féminisme, la critique de l’éducation, l’écologie, l’élitisme… Le tout arrosé d’une bonne dose d’humour, de dérision et de sarcasme. Vous y trouverez des anecdotes en bas de page, des dons plus fous (et ridicules) les uns que les autres, des coutumes sans queue ni tête, en bref, tout un univers et une construction rocambolesque qui donne une dynamique toute particulière à ce roman et qui entraîne, malgré la fatigue et la déprime, dans une ambiance drôle et excitante.

Pour conclure, ce fut une très belle lecture qui m’a tenu bonne compagnie malgré une baisse de moral et qui a su me tirer de nombreux sourires, suivant Anyelle avec plaisir. Hâte de lire la suite !

Saga coup de ♥ : Shades of Magic

Pour ceux qui ne le savent pas déjà, Shades of Magic fut la première saga de V.E. Schwab que j’ai lu. C’est également celle-ci qui m’a faite tombée amoureuse de cette autrice qui est maintenant l’une de mes favorites, tout genre réunis.

Shades Of Magic raconte l’histoire de deux personnages et de quatre Londres : Lila Bard, vivant dans le Londres Gris, Kell Maresh vivant dans le Londres Rouge, puis le Londres Blanc et le Londres Noir. Tout commence quand Kell se fait voler un objet de contrebande originaire du Londres Blanc, par Lila dans le Londres Gris. S’ensuit une aventure qui oblige les deux personnages à faire équipe et à réparer les erreurs commises.

J’ai absolument tout adoré dans cette saga, que cela soit l’univers, les personnages, l’intrigue, la plume… Dès les premiers mots, j’ai été embarquée dans ce monde si incroyable, retenant mon souffle jusqu’à la dernière page du dernier tome.

Je suis tombée sous le charme de Lila Bard, voleuse et pirate téméraire, sans foi ni loi, qui n’a peur de rien, prête à mourir pour un peu d’aventure (et beaucoup de pouvoir !). Son répondant, sa volonté de fer m’a inspiré, devant un modèle pour moi.

Quant à Kell, c’est sa vulnérabilité, sa volonté de faire le bien, son sentiment de ne pas être à sa place qui m’a attendri et qui m’a permis de m’identifier à lui.

Les personnages secondaires sont également très bien travaillés. J’ai adoré chacun d’eux, j’ai aimé leur personnalité, leurs désirs, leurs peurs, leur destin… J’ai suivi chacun d’eux avec avidité.

L’intrigue est également un grand atout de cette saga. Si le premier tome est assez introductif et donc un peu long pour certains lecteurs, moi j’ai apprécié de prendre le temps de découvrir l’univers et les personnages, que l’action mette du temps à arriver. Mais ce que j’ai le plus aimé, c’est assembler les petites pièces du puzzle que l’autrice parsème sur ses trois tomes. Le rythme monte crescendo au fil de l’histoire, au point qu’on a de plus en plus de mal à lâcher les livres, voulant les enchainer pour à tout prix connaitre la suite.

S’ajoutent à cela les thématiques que j’ai trouvées intéressantes et inspirantes : la recherche du pouvoir, la diversité sexuelle qui est posée comme un fait, la peur et l’acceptation, la mort… V.E. Schwab nous offre un panel de thématiques qu’elle exploite à travers ses personnages et son intrigue, poussant le lecteur/ la lectrice à se remettre en question, ses motivations, ses actions mais aussi à remettre en question ce qui l’entoure.

Le tome deux est, je pense, mon préféré, à très très peu d’écart avec les deux autres. J’ai adoré l’idée du tournoi entre les mages et tout ce qui tourne autour. C’est le point culminant de la saga, là où les choses sérieuses commencent, que les enjeux sont à leur paroxysme.

Enfin, je voudrais parler de l’univers. Mon dieu cet univers. Tout d’abord, les quatre Londres, situés dans quatre mondes différents. L’idée est ingénieuse et c’est la première chose qui a attiré mon attention sur ce livre. Londres est la ville du monde que je préfère. J’aime son histoire, la magie qui s’en dégage et V.E. Schwab a su retranscrire cette magie à ses différents Londres.

La magie est également un concept que j’ai adoré découvrir. Les Antari sont des personnes uniques et fascinantes, j’ai adoré découvrir leur magie mais aussi les precepts de Tieren Serense sur l’équilibre des choses et de la vie.

Pour conclure, c’est donc une saga qui a conquis mon cœur et qui m’a fait découvrir à la fois une histoire et un univers formidable mais aussi une autrice tout aussi incroyable qui a maintenant une place toute particulière dans mon cœur. 

This Savage Song, tome 2 : Our Dark Duet, V.E. Schwab

« There were two kinds of monsters, the kind that hunted the streets and the kind that lived in your head. She could fight the first, but the second was more dangerous. It was always, always, always a step ahead.”

Kate Harker is a girl who hunts monsters. And she’s good at it. August Flynn is a monster who can never be human. Nearly six months after Kate and August were first thrown together, the war between the monsters and the humans is a terrifying reality. In Verity, August has become the leader he never wished to be, and in Prosperity, Kate has become the ruthless hunter she knew she could be. When a new monster emerges from the shadows-one who feeds on chaos and brings out its victim’s inner demons-Kate must face a monster she tought she killed, a boy she thought she knew, ans a demon all her own…

La fin de This Savage Song m’avait laissé un peu sur ma fin. Le duo si particulier que formait Kate et August s’était séparé et je n’avais qu’une hâte : qu’ils se retrouvent.

Une intrigue à la Schwab

N’étant plus à mon premier roman de Victoria Schwab, je m’attendais à une intrigue qui prend le temps de s’installer et donc à des retrouvailles décalées. Cela ne m’a pas empêché de me languir du moment où Kate retrouve August et que ce duo qui avait fait la force du premier tome reprenne du service.

J’avoue avoir eu un peu peur de me retrouver dans une intrigue qui serait un peu répétitive par rapport au premier tome avec le Nord contre le Sud. Mais j’ai été agréablement surprise par la nouveauté qu’insère l’autrice dans ce second tome, ce nouveau monstre qui redéfinit rivalité et alliance au sein de Verity. L’intrigue se fait nouvelle, l’enjeu tout aussi élevé voire plus encore que le précédent, la tension à son paroxysme… Tout qui fait qu’on est happé par cette histoire.

Un mauvais timing de lecture

Malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à finir ce livre. Non pas parce qu’il était moins bien mais parce que je pense l’avoir lu au mauvais moment. Avec ma rentrée scolaire et le travail que j’ai dû fournir, j’ai eu beaucoup de mal à trouver du temps pour me poser et lire, surtout un livre en anglais. Cela m’a un peu découragé et mon moral en a pris un coup tout comme mon rythme de lecture et donc mon plaisir à lire ce livre.

Néanmoins, j’ai pu compter sur la manière dont l’autrice happe son lecteur pour me maintenir à flot et, sur la fin, j’ai pu enchainer les chapitres sans trop de problèmes.

“I know it hurts, » she said. « So make it worth the pain.”

« How? »

« By not letting go, » she said softly. « By holding on, to anger, to hope, or whatever it is that keeps you fighting. »

You, he thought.”

Des personnages toujours aussi nuancés

Ce qui m’a surtout gardé dans cet univers, ce sont les personnages. J’ai adoré retrouver une Kate un peu plus changée, un peu plus humaine, entachée par le désir d’humanité d’August, et ce dernier, plus froid, plus sombre, entaché par son frère qui le hante et le cynisme de Kate.

C’est un duo que j’aime vraiment beaucoup voir interagir, voir s’influencer l’un et l’autre. Je les perçois comme deux tâches d’aquarelle qu’une goutte d’eau vient mélanger et créer une nuance entre les deux.

Les autres personnages gravitent autour d’eux, chacun une tache plus ou moins sombre qui ajoute encore de la nuance, de la complexité.

Une partie sans gagnant

Dans ce roman se joue une partie d’échecs. Les monstres obscurs contre les humains à l’espoir lumineux. Sloan contre les FTF. Le quartier Nord contre le quartier Sud. Chacun évalue l’échiquier, développe une stratégie, avance ses pions… le tout dans une ambiance tendue, électrique, dans une optique de Victoire. Or, personne ne sort gagnant à la fin de cette partie.

J’ai adoré et détesté la fin de cette histoire. J’ai aimé la réflexion, la beauté de cette fin mais celle-ci m’a brisé le cœur. Je l’ai trouvé douce amère, représentant parfaitement cet univers de belle ville envahie par les monstres qu’est Verity.

« Mourning was its own kind of music— the sound of so many hearts, of so many breaths, of so many standing together. »

Pour conclure, ce fut une excellente suite et fin de cette monstrueuse duologie qui parle d’humanité, de monstre, de bon, de mauvais, de vie, de mort… Je tire à nouveau mon chapeau à Victoria Schwab pour cette incroyable histoire.