Rouille, Floriane Soulas

« Elle n’avait rien à faire ici, tout son corps le lui hurlait. Chaque jour, chaque caresse des hommes, chaque sourire d’envie qu’on lui adressait la révoltait. Sa place n’était pas dans un bordel. »

Paris, 1897. Les plus grandes puissances européennes se sont lancées à l’assaut de la Lune et de nouveaux matériaux découverts sur le satellite envahissent peu à peu la Terre. Ces grandes avancées scientifiques révolutionnent l’industrie et la médecine, mais pas pour tout le monde. Et dans les faubourgs, loin de l’hyper-centre protégé par le dôme sous lequel vivent les puissants, le petit peuple de Paris survit tant bien que mal. Violante est une prostituée sans mémoire, ignorant jusqu’à son âge réel. Dans un monde où son désir de vérité passe après celui de ses clients et de ses patrons, la jeune fille tente de retrouver la trace de ses origines perdues. Alors qu’une vague de meurtres particulièrement horribles ensanglante la capitale, Satine, son amie et seul soutien, disparaît dans d’étranges circonstances. Violante, elle, se voit offrir une porte de sortie à ce demi-monde violent qui la retient prisonnière, mais décide malgré tout de prendre part aux investigations.

J’ai entendu beaucoup de bien des écrits de Floriane Soulas sans jamais avoir pris le temps de découvrir sa plume. En voyant Rouille dans les rayons le mois dernier, je me suis dit pourquoi pas maintenant.

Je tiens tout d’abord à prévenir que Rouille est un livre sombre et rude. Plongé au cœur de la misère de Paris, on suit Violante, une jeune fille prostituée et amnésique qui voit sa meilleure amie disparaître horriblement. L’univers est cruel, l’intrigue nous embarque dans les pires atrocités dont est capable l’être humain. On nous présente des personnages aussi corrompus les uns que les autres. Personne n’est innocent dans cette histoire. Et c’est ce que j’ai préféré. J’ai énormément apprécié la manière dont l’autrice crée des nuances au sein de l’obscurité humaine, au point où l’on s’attache même parfois à certains personnages que l’on aurait méprisés autrement. Tout cela est abordé au moyen de nombreuses thématiques : drogues, prostitutions, expériences scientifiques, gangs, différence de classe sociale… Le tout permet de dresser différents portraits tous aussi intéressants les uns que les autres.

J’ai aimé le personnage de Violante, jeune fille ayant grandi bien trop vite. Elle nous change des héroïnes adolescentes que l’on peut généralement trouver dans un roman. Elle est animée par la colère et la détermination et navigue entre deux personnalités pour tenter de survivre et découvrir qui elle est réellement. J’ai trouvé sa quête d’identité intéressante, la manière dont elle est abordée mais surtout la manière dont elle se termine. J’aurais aimé un peu plus d’approfondissement de ce côté mais l’intrigue principale étant déjà bien complexe, cela aurait sans doute été un peu trop.

Petite mention spéciale pour l’ambiance steampunk que j’ai beaucoup aimée et que j’ai trouvé bien exploité ainsi que le personnage de Jules auquel je me suis attachée.

Pour conclure, ce fut une très bonne lecture, qui m’a glacé et captivé, avec des personnages intéressants et nuancés, nous offrant un tableau noir et rude de la survie.

Engrenages et Sortilèges, Adrien Tomas

« Le respect qu’on les autres pour toi ne sera jamais aussi important que celui que tu éprouves pour toi même.

Grise et Cyrus sont élèves à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent, ils doivent fuir ensemble et chercher refuge dans les Rets, sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont d’autre choix que de faire alliance…

La première chose qui m’a attiré dans ce roman, en dehors de sa sublime couverture, a été le titre, ou plutôt ce qu’il promettait. Cette idée de mêler la technologie et la magie qui laisse présager un univers de fantasy steampunk m’a tout de suite plu. J’ai donc commencé ma lecture avec une curiosité enthousiaste.

On plonge dans cette histoire en suivant deux personnages : Grise et Cyrus. À eux deux, ils représentent la rivalité qu’entretiennent les mages et les mécaniciens. Ayant chacun un caractère bien trempé, ce qui crée des tensions mais aussi plusieurs scènes assez comiques, on s’attache assez facilement à eux. J’ai beaucoup aimé les suivre dans leur folle aventure parmi les rebelles de la société. Le duo possède une bonne dynamique et ne tombe pas dans une romance cliché, ce qui fait du bien ! J’ai surtout beaucoup aimé leur ouverture progressive d’esprit, remettant en cause tout ce qui constituait leur monde, leurs valeurs… L’auteur a réussi à faire porter de belles valeurs à son roman : la diversité, l’estime et le respect de soi et d’autrui, la tolérance… Les messages sont tous très beaux et percutants qui ont résonné en moi.

Les autres personnages sont également intéressants, même si parfois un peu stéréotypé. Mais pour une fois, cela ne m’a pas dérangé outre mesure. Petite mention spéciale pour le familier de Cyrus, le chat Quint, qui m’a vraiment bien fait rire !

C’est une histoire au scénario assez classique mais tout de même très plaisante à lire. Certaines intrigues sont prévisibles mais je n’ai pas trouvé cela gênant. La construction de l’univers arrive à gommer le côté ennuyant de la prévisibilité par son originalité. J’ai beaucoup aimé la manière dont la technologie et la magie sont mêlés. J’ai tout de même eu une petite préférence pour le côté engrenage que sortilège. Grise n’est pas une fille comme les autres, ce qui apporte un peu de fraîcheur à ce roman jeunesse/ adoet sa passion pour la mécanique est contagieuse.

Pour conclure, ce fut un roman steampunk très agréable à lire que je conseille à toute personne qui veut passer un bon moment dans un univers Fantasy/ steampunk jeunesse.

#disparition #diversité #revanche #révolte #magie #Politique #Intrigue #résistance #Rageot

La machine de Léandre, Alex Evans

« Il y a quelques siècles, j’aurais été appelée une sorcière.

Une magicienne. Une jeteuse de sorts.


De nos jours, je suis professeur agrégé de sciences magiques. »

Constance Agdal est une excentrique professeure de sciences magiques qui n’aspire qu’à une chose: se consacrer entièrement à ses recherches pour oublier le passé qui la hante. Mais quand des démons se matérialisent au beau milieu de la ville, qu’un incube envahissant se prend d’affection pour elle et que son nouvel assistant agit de façon particulièrement étrange, Constance doit sortir de sa réserve… d’autant que son collègue, l’éminent Professeur Dowell, a disparu alors qu’il tentait de recréer une fabuleuse machine à magie d’après des plans vieux de plusieurs siècles. La jeune femme le remplace au pied levé en collaborant avec Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu’énigmatique, mais rien ne se passe comme prévu. Quel terrible secret se cache sous le capot de cuivre de la fameuse machine ?

Le résumé et l’ambiance qui s’en dégage a tout de suite attiré mon attention. Une atmosphère steampunk, un personnage principal féminin et excentrique, de la science mélangée à de la magie… Tout ce qu’il fallait pour me plaire et je remercie les éditions ActuSF de me l’avoir envoyé ! Malheureusement, ma lecture de La Machine de Léandre a été quelque peu mitigée.

Constance, un personnage principal mitigé

J’ai tout de suite beaucoup apprécié Constance. Venant d’une cité, Tourmayer, où la magie est très mal vue, Constance choisit une carrière des plus compliquées par rapport à son statut : une femme et surtout, une chamane. C’est une femme de savoir, qui a gagné une bonne place par sa seule intelligence et sa rigueur. Elle est considérée comme excentrique, ne suivant pas les normes de son époque et de sa société. Malheureusement, je n’ai pas accroché à la manière dont l’autrice fait évoluer son personnage. J’ai trouvé qu’elle retirait tout ce qui faisait de Constance un personnage original et unique. Le message qu’elle faisait tout d’abord s’est peu à peu éclipsé au profit d’un message plus répandu et j’ai trouvé cela très dommage.

Un univers intéressant

L’univers m’a, en revanche, totalement conquise. Je l’ai trouvé bien construit et bien développé pour le format du livre. Rien n’est confus, on n’est pas perdu dans une avalanche d’explications et l’on sent que l’autrice maîtrise bien son monde. Moi qui aime découvrir la mythologie et l’histoire d’un monde, j’ai été servie avec les histoires et les anecdotes que nous livrent Constance et Philidor au fil des pages. J’ai adoré le genre steampunk qui ressort de ce livre, un beau mélange de magie et de science. La manière dont l’autrice réinvente la magie, que l’on appelle « Pouvoir », est incroyable. Elle est perçue comme quelque chose de quantifiable, de scientifique et j’ai trouvé l’idée excellente et bien exploitée.

Une intrigue trop courte

Le point le plus négatif que je trouve à ce livre c’est qu’il est trop court. Pour moi, l’histoire aurait mérité plus d’approfondissement, plus d’enjeux et donc plus de temps pour se développer. Arrivée à un certain stade de la lecture, l’intrigue devient prévisible et l’on perd en suspense.

C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fini par me détacher du personnage principal, trouvant que son évolution était maladroite mais aussi trop rapide selon moi.

Des personnages secondaires dans l’ombre

J’ai également eu du mal à m’attacher aux personnages secondaires : j’aurais aimé en savoir plus sur Albert, l’incube qui débarque par hasard et de manière percutante dans la vie de Constance, mais également qu’Arthéméis, sa meilleure amie que l’on ne voit pas assez à mon goût alors qu’elle aurait pu être intéressante.

Il en est de même pour Philidor. Même si on le voit plus souvent et qu’il est plus développé que les autres personnages, je n’ai pas réussi à m’attacher à lui. Je n’ai pas aimé son caractère même si j’ai trouvé son histoire très intéressante.

Pour conclure, je dirai que c’était une bonne lecture avec un bel univers et une intrigue intéressante mais qui aurait mérité plus d’approfondissement au niveau de ses personnages et des enjeux de l’intrigue.

#magie #disparition #ActuSF #époquevictorienne #surnaturelle #pouvoir

Lucifer Box, tome 1 : Le Club Vesuvius, Mark Gatiss

« Je fus accueilli par une scène digne des enfers.

Mais pas de panique, chers lecteurs. C’est le domaine de Lucifer. »

Lucifer Box : portraitiste de talent, dandy, bel esprit, mauvais garçon… et le plus irrésistible des agents secrets de Sa Majesté. Lorsque les meilleurs scientifiques du royaume sont mystérieusement assassinés, Lucifer se lance dans une enquête trépidante, des clubs de gentlemen londoniens aux bas-fonds volcaniques de Naples, tout en déterminant la façon la plus seyante de porter un œillet blanc à sa boutonnière.

Une immersion étourdissante dans les arcanes d’un ordre occulte aux pratiques décadentes – et de ses secrets les plus sulfureux.

La première raison qui m’a poussé à mettre ce livre dans ma wishlist a été l’auteur : Mark Gatiss. En bonne fan de Doctor Who et de Sherlock que je suis, je ne pouvais décemment pas passer à côté du livre écrit par leur scénariste et acteur ! Puis la couverture, le résumé, le genre steampunk… C’est un vrai combo gagnant pour moi. Mais malheureusement, il a longtemps traîné dans ma whishlist puis dans ma PAL et c’est finalement sous les chaudes recommandations d’une amie qui venait de le terminer que je me suis lancée dans cette aventure. Et bon dieu quelle aventure !

Lucifer Box, diaboliquement séduisant

« Puis j’esquissais ce sourire que mes amis, en toute logique, nomment « le sourire de Lucifer ». »

Ce fut un coup de foudre immédiat pour monsieur Lucifer Box. Son humour, son insolente assurance et son trait d’esprit affûté m’ont fait tomber sous son charme dès les premières lignes. C’est un personnage à la fois unique en son genre mais comprenant des touches d’autres personnages que j’aime, tels que Sherlock Holmes bien sur avec une touche de Mycroft assurément, un charme digne de Moriarty en personne et une folie caractéristique d’un Docteur. Lucifer est un personnage que j’ai adoré suivre dans ses aventures et dans ses pensées. Un véritable Casanova que la modestie n’étouffe pas et qui ne cesse de nous surprendre toujours un peu plus au fil des pages. Derrière un humour qui m’a véritablement fait rire et sa légèreté, se trouve tout de même un personnage complexe et travaillé à merveille. C’est un personnage digne du talent de Mark Gatiss à n’en pas douter.

Une plume, une intrigue et un rythme effrénés

Si je suis tombée sous le charme de Lucifer, c’est surtout grâce à cette plume incroyable dont est doté l’auteur. Tout le roman est fluide, tellement agréable que l’on apprécie même les moments un peu creux dans l’intrigue. Je n’ai cessé d’avoir un petit sourire aux lèvres durant tout le temps de ma lecture. Ce fut un vrai régal.

L’intrigue, de par la plume de l’auteur, suit le rythme effréné du personnage principal. Cela marche par vagues, avec un enchaînement d’événements qui fait perdre haleine puis quelques petits moments de calme pour souffler un peu avant de reprendre de plus belle. J’ai beaucoup aimé cette manière de donner la cadence qui permet de ne pas s’ennuyer et de garder l’attention du lecteur jusqu’à la fin.

« – Vous finirez mal, vous savez.

– C’est parce que j’ai mal commencé. »

Des personnages secondaires attachants

On ne peut s’empêcher d’apprécier tous les personnages. Je les ai trouvés drôles et tous aussi exubérants les uns que les autres. L’auteur a cette particularité de créer des personnages qui ne font pas dans la finesse et la demi-mesure. Tout y est exagéré, tombant parfois dans la caricature, mais caricature critiquée par les traits d’humour tranchants de Lucifer. C’est une manière originale d’exploiter les personnages que j’ai appréciés. Personnages originaux mais aussi surprenants. Quand on pense avoir tout vu, voilà qu’un nouveau personnage débarque avec sa révélation ! Une petite mention spéciale pour Christopher, Delilah et Charlie que j’ai tout particulièrement aimé.

Pour conclure, ce fut une lecture tout simplement exquise, pleine d’humour et d’ingéniosité. Donc si vous aimez le steampunk et les aventures rocambolesques, ce livre est pour vous ! Je vous garantis un excellent moment de détente, de rire et de surprises.

#disparition #Bragelonne #Politique #Intrigue

Le Songe d’une nuit d’Octobre, Roger Zelazny

« Je suis un chien de garde. Mon nom est Snuff. Je vis avec mon maître Jack dans les faubourg de Londres. J’aime beaucoup Soho la nuit avec ses brumes odorantes et ses rues sombres. Tout y est silencieux et nous faisons de longues promenades. Jack est sous le coup d’une malédiction depuis très longtemps et doit faire l’essentiel de son travail la nuit pour éviter le pire. Je monte la garde pendant qu’il s’active. Si quelqu’un approche, je hurle »

Quand le steampunk rencontre le mythe de Cthulhu.

Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde.

Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ?

Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau…

Le Jeu va commencer.

Quel sera votre camp ?

Il a suffi de lire les noms de Sherlock Holmes, de Dracula et du docteur Frankenstein pour que je sois tout de suite intriguée par ce roman que me proposait ActuSF en Service Presse. Le résumé à la fois intriguant et captivant a fait monter en flèche ma curiosité et c’est avec beaucoup de joie (et d’impatience) que j’ai reçu ce livre, que j’ai commencé très vite. Voici sans plus attendre mon avis !

Des personnages connus mais surprenants

La première chose qui m’a frappé dans ce livre a été le narrateur : le chien de Jack l’Éventreur! Malgré le résumé où il était mentionné, je ne m’attendais pas à ce qu’on suive l’histoire de son point de vue et j’ai trouvé l’idée ingénieuse. C’est dépaysant de voir les choses sous l’angle d’un chien et j’ai beaucoup aimé le style de la narration, qui rend le livre très original à mon sens. J’avais déjà lu des romans où les personnages n’étaient des animaux, mais jamais de cette manière.

La seconde chose que j’ai beaucoup appréciée concernant les personnages, est la reprise de personnages maintenant légendaires mais modeler d’une manière très particulière. En effet, on redécouvre sous un nouveau jour des personnages tels que Raspoutine ou Larry Talbot, une petite touche personnelle que l’auteur ajoute à ces personnages qu’on connaît tous.

Une ambiance symbolique et victorienne

Timothée Rey, dans la préface, a parlé du courant du symbolisme pour décrire l’univers de Zelazny. Et je suis totalement d’accord avec tout. Tout dans ce livre se fait dans le subtil, le sous-entendu, le non-dit. On laisse quelques indices, des symboles qui permettent de reconnaître les personnages célèbres sans jamais les nommer vraiment. Chacun vaque à ses occupations, rien ne nous est expliqué et il faut savoir lire entre les lignes tout au long du roman afin de comprendre ce qui se passe réellement. J’ai adoré suivre cette petite enquête que l’auteur pousse le lecteur à faire. Je me suis amusée à essayer de découvrir l’identité de chaque joueur et personnage, certains étant très vite identifiables et d’autres plus difficile à reconnaître. Tout ce symbolisme est mélangé à une bonne dose de style victorien que j’adore. Comment ne pas craquer devant une nouvelle version de Sherlock Holmes et une nouvelle ambiance digne de cette époque victorienne que j’aime tant ? C’est sombre, élégant, mystérieux… Ce livre a vraiment tout pour plaire !

Une structure originale

Le choix de structurer le roman un chapitre par jour était une belle idée. Cela permet de suivre l’évolution des personnages et de ce Jeu si mystérieux au fur et à mesure de l’avancée dans le mois. Chaque jour, de petites informations sont parsemées pour le lecteur, comme les petits cailloux du Petit Poucet, afin de le guider à travers cet univers si particulier. Si au départ on est un peu dépaysé, on finit tout de même par adopter la routine de Snuff et par s’habituer à cet environnement plein de mystères et totalement incompréhensible au premier abord. L’avancée des jours fait également monter une certaine pression, une appréhension de voir comment cela va finir, qui est dedans quel camps, ce qui va arriver aux perdants… Tout plein de questions nous poursuivent jusqu’à la fin et nous poussent à toujours poursuivre la lecture au point de ne plus être capable de le lâcher.

C’est donc avec beaucoup de bonheur et de frissons que j’ai parcouru les pages de ce livre qui aiguise notre curiosité et joue avec nos nerfs, nous pousse à réfléchir et élaborer des théories jusqu’à n’en plus finir. Une très belle découverte et un moment de lecture exquis !

#époquevictorienne #SherlockHolmes #Londres #pouvoirs #Intrigue #Jeu #ActuSF

Une Etude en Soie, Emma Jane Holloway

« En matière de scandales, cela dépassait n’importe quel vaudeville au sein de l’élite londonienne, les tentacules dans le nez. »

Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes, s’apprête à vivre sa première saison dans la haute société londonienne. Mais quand de terribles meurtres secouent le manoir de son amie et hôte, la jeune femme se retrouve plongée au cœur d’un complot remettant en question le monopole des barons de la vapeur sur la ville. Une enquête à hauts risques. D’autant qu’Evelina cache un dangereux secret et qu’elle ignore auquel de ses compagnons elle peut réellement accorder sa confiance : le beau et brillant aristocrate débauché qui fait battre son cœur ou son meilleur ami forain, qui ferait n’importe quoi pour elle.

La première chose qui m’a attiré dans ce roman, c’est sa couverture qui est tout simplement magique.

La seconde, c’est son univers plein de mystères et de magie.

La troisième et la plus importante, c’est le style victorien tout droit sorti du monde de Sherlock Holmes.

Evelina, un mariage entre deux mondes

Evelina, est un personnage que j’ai beaucoup aimé. Son personnage est très intéressant et son histoire est un mélange de deux mondes très différents ce qui la rend originale. On comprend tout de suite que c’est une femme très intelligente, qui s’adapte vite et qui est d’une grande perspicacité. J’aime son côté indépendant mais pas totalement rebelle. Ce qui m’a tout de suite plu chez elle, c’est son manque de « romantisme » dans le sens où c’est une jeune femme assez terre à terre et qui voit son happy ending sur les bancs d’une université plutôt que dans les bras d’un mari. Pour son époque, c’est juste génial. C’est pour moi, un personnage très réaliste auquel je me suis très vite attaché. Son déchirement entre le monde du cirque et celui de la haute société était bien trouvé quoique parfois un peu lourd (surtout sur ses sentiments envers Nick). En effet, elle est très souvent partagée par ces deux mondes qui font chacun partie intégrante de sa personnalité. Mais cela ne reste tout de même pas trop lourd, ni trop agaçant. C’est quelqu’un d’intelligent et de loyal, elle tente de faire ce qui est juste dans la mesure du possible et de protéger les gens qu’elle aime. C’est vraiment un très bon personnage.

Tobias, le stéréotype de l’aristocrate

J’ai également beaucoup aimé Tobias. Son personnage est plutôt drôle, c’est vraiment le stéréotype du grand et beau aristocrate tombeur : il a de l’humour, il est intelligent, rebelle, il sait comment parler aux femmes et bien sûr, il n’est absolument pas comme son père. Au début donc, je l’ai vraiment apprécié, surtout pour son attachement envers Evelina qui se développe, cela lui apporte un petit côté mignon. Néanmoins, il finit un peu par me décevoir, dans le sens où je trouve qu’il est sur jouer. En effet, il incarne totalement le cliché du jeune et bel aristocrate tout le temps, il est prévisible et n’évolue pas tant que cela, ce qui est dommage. J’aurais vraiment aimé qu’il fasse quelque chose de plus surprenant. Mais peut-être changera-t-il dans le prochain tome !

Evelina et Tobias, une relation intéressante

J’ai trouvé la relation entre Evelina et Tobias plutôt intéressante. Au départ, c’est assez prévisible, la jeune fille qui tombe amoureuse du beau et riche grand frère de sa meilleure amie et lui qui tombe amoureux de la belle et intelligente meilleure amie de sa sœur. Mais j’aime beaucoup la manière dont Evelina perçoit cette relation. Elle sait qu’elle ne peut pas se permettre un tel homme mais surtout, elle sait que lui, ne la mérite pas. Elle sait ce qu’elle veut et reste fidèle à ses principes. Certes, elle finit à un moment par céder mais elle reprend très vite ses esprits. Quant à lui, pour le coup, je le trouve plus naïf qu’elle. Il la regarde et pense à elle de manière très romantique, très cliché et va même jusqu’à se rebeller contre son père. C’est mignon mais pas très réaliste. Je ne sais pas trop si je veux les voir ensemble au bout du compte. Certes, cela permettrait à Evelina d’être heureuse et de s’élever dans la société mais j’aime son côté indépendant et je trouve que ce serait dommage d’y renoncer.

Nick, un personnage au potentiel inexploité

Quant à Nick, je l’ai tout d’abord apprécié également, mais il m’a un peu agacé. C’est l’un des points de vue que j’ai le moins apprécié. Je ne lui trouve pas réellement d’importance, à part pour en savoir un peu plus sur le Docteur Magnus mais, selon moi, le son point de vue de ce dernier aurait été plus pertinent. Je pense qu’il est surtout là pour le triangle amoureux et c’est dommage car je pense qu’il a du potentiel pour être un personnage vraiment très intéressant. À voir s’il se développe dans le prochain tome.

Evelina et Nick, une relation complexe et profonde

Je suis également tout aussi mitigé pour Evelina et Nick. En effet, on sent un lien très fort entre eux, un réel amour et on aimerait qu’ils puissent être ensemble mais tellement de choses les séparent. À commencer par leur rang dans la société : Evelina ne peut pas se permettre de suivre les traces de sa mère si elle veut entrer à l’université mais également à cause de la magie car cela les amènerait à la potence. On sent aussi qu’ils sont tout de même d’une fidélité incroyable l’un envers l’autre. Ils sont tous les deux prêts à se mettre en danger pour protéger l’autre et je trouve cela très touchant. En revanche, Nick à un côté un peu vieux jeu et possessif qui est certes réaliste surtout au vu de l’époque, mais aussi un peu agaçant.

Imogen, un personnage trop secondaire

J’ai pensé la même chose d’Imogen. En effet, j’ai trouvé que son point de vue avait encore moins d’importance que celui de Nick. Elle est également très prévisible et plutôt vide en ce qui concerne sa personnalité. Pour moi, elle est trop naïve et un peu égocentrique parfois. J’ai trouvé la fille de Keating plus intéressante par exemple. Selon moi, Imogen ne sert qu’à introduire Evelina dans la famille Roth afin qu’elle ait sa place dans l’histoire. Elle est également l’image même de la jeune femme de haute société qui fait ses débuts et qui va s’élever. Elle ne m’a pas tant marqué que cela pour ma part.

Par contre, même si son rôle n’est bien moindre qu’Imogen, j’ai plus apprécié Bucky qu’elle. C’est le meilleur ami parfait pour Tobias, il est drôle et intelligent. Il n’apparaît pas beaucoup mais c’est tout de même un personnage que j’ai bien aimé retrouvé à travers les pages. Leur romance est d’ailleurs très prévisible et très cliché je trouve. C’est mignon mais je trouve que ce n’est pas aussi réaliste que les relations qu’entretient Evelina avec Nick ou Tobias.

Pour ce qui est de sa relation avec Evelina, je les ai trouvés adorables. Elles sont comme deux sœurs, soudées et complices. Elles peuvent tout se dire et je trouve cela vraiment géniale. Evelina peut compter sur la fidélité et la discrétion d’Imogen tandis que cette dernière peut compter sur l’esprit critique et la protection d’Evelina.

Pour ce livre, j’ai remarqué qu’il y avait deux catégories bien distinctes de personnages : les « gentils » et les « méchants », sans de personnage ambigu. J’ai trouvé cela dommage et, contre toute attente, j’ai nettement préféré les personnages « méchants » aux personnages « gentils », les trouvant plus profonds, bien mieux travaillés avec Evelina ainsi que plus intéressant à étudier.

Lord Bancroft, un personnage dangereusement ambitieux

Dès le début, j’ai trouvé que Lord Bancroft allait être un personnage très intéressant et je ne me suis pas totalement trompé. Au départ, il est intimidant et plein de mystères, on a du mal à comprendre ce qui se passe de son côté. Mais plus on avance, plus je l’ai trouvé à l’image des grands aristocrates qui cherchent à s’élever dans la grande société, quel qu’en soit le prix. Il est très ambitieux et tente par tous les moyens de garder sa fortune à flot et à s’élever socialement, quitte à renoncer à ses talents de mécaniste et aller jusqu’à tuer. C’est un requin, qui ferait tout ce qu’il peut pour avoir sa part de richesse et de pouvoir. En revanche, j’ai trouvé qu’il se laissait beaucoup emporter par ses émotions et je pense que c’est ce qui lui a porté préjudice. J’ai donc trouvé que c’était un personnage très réaliste, c’est un méchant, qui n’en ai pas vraiment un et qui n’a pas vraiment d’excuses pour l’être mais qui est également vraiment humain, dans le sens où on n’a pas négligé sa partie émotionnelle. Il s’est laissé dépasser par les événements et se plonge donc dans l’alcool. J’ai trouvé que c’était le personnage qui se rapproche le plus de la réalité.

Les liens entre Tobias et Lord Bancroft ne sont certes pas aussi menaçants que celles entre Evelina et Magnus mais tout aussi conflictuels. En effet, ils ont une relation très tendue du début à la fin. Lord Bancroft est très dur avec son fils, il ne le tient pas en haute estime alors que pourtant, il lui ressemble beaucoup. C’est tout de même la relation typique du père trop strict et de l’enfant rebelle. C’est un peu dommage que ce ne soit pas un peu plus original mais bon, le reste l’est déjà bien assez, on ne peut pas toujours tout faire ! Ça reste tout de même une relation plutôt bien développée et l’on voit que Tobias mûrit un peu au fil du livre et qu’il prend vraiment conscience de la véritable nature de son père.

Quant à Lord Bancroft et Magnus, j’ai trouvé leur relation très intéressante mais qui m’a laissé sur ma faim. J’aimerais vraiment savoir ce qui les lie tous les deux et qu’est-ce que deux amis qui se considéraient comme des frères aient bien pu vivre pour se détester à ce point. On sent que Magnus essaye de retrouver sa relation perdue avec Bancroft mais que celui-ci a carrément peur de lui, ce qui rend leur relation encore plus intrigante. Bancroft semble également avoir peur de Keating même si j’ai l’impression qu’il craint plus Magnus que Keating. Lord B. et Keating sont plus des rivaux, c’est plutôt un combat de domination qui les lie. Ils veulent chacun une place importante dans le système et chacun refuse de se laisser doubler par l’autre.

Jasper Keating, un méchant dans toute sa superbe

J’ai pensé à peu près la même chose de Jasper Keating. En effet, c’est tout de même, à la base, le « grand méchant » de l’histoire. Il est tout aussi ambitieux que Lord Bancroft, mais un peu plus implacable. Il ne se laisse pas autant submerger par les émotions que lui et il voit beaucoup plus loin, il est plus minutieux et surtout plus vicieux. Il a également beaucoup de charisme et joue dans la cour des grands, ce n’est pas un simple petit pion sans importance, c’est vraiment quelqu’un qui a presque bâti son empire sur Londres et qui gagne de plus en plus de terrain. C’est un vrai requin ou plutôt un serpent. Certes, il se fait avoir par Lord Bancroft et son cousin mais, du côté politique, c’est lui qui a le dessus. C’est un personnage très intéressant, je ne l’ai pas apprécié car c’est le genre de personne que je ne peux pas voir en peinture, mais justement, je pense que c’est l’effet que cherche l’auteure et pour le coup, c’est bien joué.

Docteur Magnus, un personnage mystique

Quant au Docteur Magnus, je dirais qu’il se rapproche plus de Keating que de Lord Bancroft même s’il est étranger au système londonien. Il est tout aussi charismatique mais beaucoup plus mystérieux, avec son aura inquiétante qui l’entoure. On sent qu’on n’est pas en danger à ses côtés. Son côté mystique le rend vraiment difficile à cerner, on sait quelles sont ses intentions mais on a encore du mal à comprendre ce qu’il veut vraiment. Je pense que c’est la plus grande menace dans ce roman, même si Keating n’est pas loin derrière. Il m’a fait froid dans le dos à chacune de ses apparitions mais c’est ce qui fait la beauté de ce personnage. J’ai hâte d’en savoir plus à son sujet.

J’ai trouvé la relation entre Evelina et Magnus très sombre et inquiétante. On sent que Magnus la convoite et l’admire comme on peut admirer une déesse et c’est plutôt inquiétant pour Evelina qui ne se sent d’ailleurs jamais en sécurité en sa présence. On a peur pour elle et on sent que même si Magnus a besoin d’elle, il n’hésitera pas à lui faire du mal. Je trouve que ce genre de relation est assez rare dans les livres, ce qui l’a donc rendue très intéressante.

Tobias et le Docteur Magnus ont une relation presque père-fils mais tout à fait différente de celle entre Tobias et son vrai père. En effet, on sent que le Docteur Magnus veut le prendre sous son aile, qu’il voit et admire le talent de Tobias qui reflète celui de son père autrefois. Quant à Tobias, on voit qu’il considère Magnus comme son père spirituel, son mentor. Au départ, on est plutôt content pour lui mais une fois qu’on comprend qu’il se fait utilisé, on a un peu de peine pour lui. J’ai bien aimé cette relation car elle était plutôt surprenante et bien trouvée.

Sherlock Holmes, fidèle à lui-même

J’ai adoré retrouver mon cher Sherlock Holmes ! Je l’ai placé à la fin car c’est un personnage repris d’un autre auteur et que, pour moi, c’est tout simplement quelqu’un qu’il faut mettre à part ! Je l’ai donc trouvé fidèle au personnage d’origine, toujours aussi en marge de l’étiquette, indépendant et redoutablement perspicace et intelligent. J’étais tout de même un peu déçu au départ qu’il se fasse avoir par Keating, ça ne lui ressemble absolument pas de marcher sous la menace. On retrouve néanmoins son attachement et sa relation très spéciale avec le Docteur Watson que j’ai retrouvé avec grand plaisir également. Ils ne sont pas très présents, plutôt là vers la fin en tant que figurants, mais c’est quand même une touche que j’ai beaucoup appréciée.

Pour ce qui est de sa relation avec sa nièce, Evelina, je l’ai trouvé géniale. Ils ne sont pas très sentimentaux l’un comme l’autre mais on sent tout de même qu’ils sont attachés l’un à l’autre. On remarque aussi que Sherlock respecte beaucoup l’intelligence de sa nièce et qu’il en est très fier. Ils se ressemblent énormément tous les deux. Quant à Evelina, on voit qu’elle l’admire beaucoup. C’est vraiment une relation que j’ai beaucoup appréciée.

Un univers minutieux

Tout d’abord, j’ai trouvé l’univers très bien construit. Il est complet sans aucune incohérence, ce qui est plutôt impressionnant vu sa complexité. L’histoire et l’univers sont très bien travaillés, il y a beaucoup de détails et d’informations. C’est vraiment un travail minutieux.

Une intrigue complexe

L’intrigue commence par du suspense, du mystère et de la perplexité. C’est un bon point, cela donne tout de suite envie de continuer et attire l’attention du lecteur. En revanche, j’ai parfois trouvé le fil rouge trop complexe, on s’y perd un peu et on a du mal à comprendre ce qui se passe. Mais cela reste tout de même bien mené, on a peu à peu des indices afin de comprendre, et cela se précise au fur et à mesure, tout en subtilité.

L’auteure nous présente son monde petit à petit, en commençant par décrire Evelina et j’ai bien aimé cela. Ce n’est pas décalé par rapport au fil rouge et ce n’est pas lourd non plus. Par contre, le fait d’avoir autant de point de vue ralentit pas mal l’histoire. En effet, on se rend compte au final qu’il ne s’est passé qu’une simple semaine en environ 600 pages et je trouve cela énorme. Surtout que c’est un livre grand format et avec une petite police, il se passe beaucoup de choses mais en très peu de temps au final. Chaque journée est détaillée par chaque point de vue ou presque, ce qui rend l’histoire très dense et très lente. Il y a à la fois trop d’informations mais pas assez. Et malgré ce point de vue omniscient, on est la plupart du temps dans le flou, on ne sait pas vraiment ce qui se passe, le suspense et le mystère sont là jusqu’au bout, c’est à la fois troublant et ingénieux.

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